Au 20 octobre 2026, aucun texte officiel publié ne rend la facture électronique obligatoire au Maroc ni n’en fixe le calendrier : rien sur le site de la DGI, rien sur celui du Secrétariat général du gouvernement. Ce qui est en vigueur est plus étroit. La loi de finances 2026 (Bulletin officiel n° 7465 bis du 16 décembre 2025) a modifié l’article 145 du Code général des impôts : la comptabilité se tient aussi sous format électronique, et tout contribuable doit détenir une adresse e-mail.
Le calendrier qui circule vient de la presse. Selon Le360, qui reprend Challenge le 3 juin 2026, la première phase concerne en 2026 les opérations avec l’État et environ 1 655 entreprises à plus de 200 millions de dirhams de chiffre d’affaires, les PME et ETI suivent en 2027-2028, les plus petites structures après 2028.
Qu’est-ce qui est déjà obligatoire ?
Deux choses, toutes deux dans l’article 145 du Code général des impôts tel que modifié par la loi de finances 2026 (Bulletin officiel n° 7465 bis, 16 décembre 2025). Les contribuables tiennent leur comptabilité aussi sous format électronique. Et tout contribuable doit détenir une adresse électronique de son choix.
Ce n’est pas la facture électronique. La première règle porte sur la tenue des livres, la seconde sur la possibilité pour l’administration de joindre le contribuable. Aucune des deux ne vise la facture elle-même, et aucune ne porte de date.
Des cabinets et des éditeurs de logiciels publient des échéances et des seuils différents les uns des autres. Aucun ne renvoie à un texte officiel publié. Seul le Bulletin officiel fait foi.
Quel calendrier est annoncé ?
Le360 a publié le 3 juin 2026 une revue de presse tirée de Challenge. Elle décrit une mise en œuvre échelonnée. En 2026, première phase : les opérations entre entreprises et administrations (B2G) et environ 1 655 grandes entreprises réalisant plus de 200 millions de dirhams de chiffre d’affaires. Entre 2027 et 2028 : les PME et les entreprises de taille intermédiaire, avec accompagnement technique et formation sectorielle. Après 2028 : les très petites, petites et moyennes entreprises, par des solutions simplifiées et subventionnées.
Le même article indique que les entreprises auront besoin de certificats de signature électronique et de logiciels ou plateformes agréés par la DGI. Il ne cite ni décret, ni article de loi.
Sur le décret, Médias24 a publié le 16 avril 2026 un article selon lequel il serait en examen au Secrétariat général du gouvernement. Au 20 octobre 2026, aucun décret n’est paru sur le site du SGG que nous avons consulté.
Une annonce de presse n’est pas une date légale. Tant qu’un texte n’est pas publié, aucune obligation ne court, y compris pour la phase dite de 2026.
Un texte officiel se repère à trois endroits. Le Bulletin officiel, où la publication fait foi. Le site du Secrétariat général du gouvernement, qui présente aussi des projets de textes soumis à commentaire. La rubrique des décrets et arrêtés et celle des notes circulaires du site de la DGI. S’il en paraît un, c’est lui qui prime sur tout ce qui précède.
Qui est concerné en premier ?
D’après Le360, les grandes entreprises à plus de 200 millions de dirhams de chiffre d’affaires et les opérations avec l’État. Une boutique en ligne dont le chiffre d’affaires reste loin de ce niveau n’appartient pas à la première phase annoncée. L’article ne donne pas les seuils de la deuxième phase, et il ne dit rien du traitement des ventes aux particuliers.
Ce que la première phase change pour un marchand se joue chez ses clients. Un fournisseur d’une grande entreprise ou de l’État traite avec un client déjà visé : lui demander ce qu’il attendra de ses factures coûte un appel.
L’auto-entrepreneur est un cas à part. Selon le guide de la DGI sur le statut (édition 2025), il est dispensé des obligations comptables, hors champ de la TVA et dispensé d’inscription au registre du commerce ; aucune annonce ne fixe encore sa place dans la facturation électronique. Le statut et ses plafonds sont détaillés dans notre guide de l’auto-entrepreneur en e-commerce.
Que préparer dès maintenant dans sa boutique et sa gestion ?
Quelle que soit la forme finale du texte, une facture électronique part des données de la commande. Ce qui est propre aujourd’hui évite de tout reprendre le jour où le décret paraît.
- Numérotation. Un numéro de facture unique, continu, sans trou, produit par le système et jamais saisi à la main.
- Identité du vendeur. Raison sociale, registre du commerce, capital, identifiant fiscal, adresse : l’article 29 de la loi 31-08 les exige déjà sur l’offre du cyber-commerçant, numéro de registre du commerce et capital, plus l’identifiant fiscal si le vendeur est assujetti à la TVA. Les mêmes données alimentent les factures, une seule source.
- Clients entreprises. Raison sociale, adresse et ICE collectés au moment de la commande, vérifiés, jamais retapés après coup.
- TVA par ligne. Taux, montant hors taxe, TVA et total par produit. Les frais de livraison et les frais de paiement à la livraison sur leurs propres lignes.
- Avoirs et retours. Le droit de rétractation de 7 jours (art. 36 de la loi 31-08) produit des retours : chaque avoir se rattache à la facture d’origine, qui reste intacte.
- Export des commandes. Commandes, lignes, taxes, paiements et livraisons dans un fichier complet, testé une fois par mois sur la période écoulée.
- Une référence commune. Le même numéro de commande dans la boutique, chez la passerelle de paiement, chez le transporteur et en comptabilité.
- Archivage. Factures et pièces conservées en format électronique, lisibles et non modifiables. L’écrit électronique a la même force probante que le papier sous réserve de l’identification de son auteur et de son intégrité (art. 417-1 du Dahir des obligations et contrats, loi 53-05).
- Adresse e-mail. Une adresse professionnelle de l’entreprise, celle que l’administration pourra utiliser, comme l’article 145 le demande désormais.
Les commandes payées à la livraison demandent un soin particulier. La facture porte sur ce qui a réellement été encaissé : un colis refusé ou remisé à la porte doit remonter du transporteur à la boutique avant que la facture ne parte, sans quoi les écarts s’accumulent en comptabilité. Le circuit est décrit dans notre guide du paiement à la livraison.
Même logique pour les ventes aux professionnels : un client particulier laisse un nom et une adresse de livraison, un client entreprise doit laisser en plus de quoi être facturé correctement. Deux parcours de commande valent mieux qu’un seul formulaire où tout est facultatif.
Cette liste ne dépend d’aucun logiciel. Elle se contrôle un après-midi, sur un échantillon de dix commandes prises au hasard sur le dernier mois : si l’une des lignes oblige à ouvrir un tableur ou à rappeler le client, le point est à corriger.
Une boutique en ligne doit-elle changer d’outil ?
Aucun texte publié n’impose aujourd’hui de changer de plateforme, de logiciel de facturation ou d’équipement. Le360 annonce des logiciels agréés par la DGI et des certificats de signature électronique ; les sources que nous avons consultées n’en publient ni la liste ni les conditions. Acheter avant leur publication, c’est parier sur un agrément qui n’existe pas encore.
La question utile se pose à l’éditeur du logiciel qui émet vos factures, et à votre expert-comptable : prévoient-ils de se faire agréer, et à quelle échéance ? Une plateforme de vente se choisit sur d’autres critères, que traite notre comparatif YouCan, Shopify et WooCommerce.
Le point faible d’une boutique est rarement la facture elle-même, c’est le trajet entre la commande et la comptabilité : ressaisies, exports à la main, numéros qui ne correspondent pas.
Une liaison construite sur mesure entre la boutique et le logiciel de gestion règle ce trajet, quel que soit l’outil qui émettra la facture. C’est le travail de nos logiciels métier sur mesure.
Les obligations qui s’appliquent déjà à une boutique (mentions sur l’offre, rétractation, déclaration des données personnelles) sont réunies dans notre guide des obligations légales d’une boutique en ligne, et notre offre pour les marchands se trouve sur la page Site e-commerce Maroc.
Questions fréquentes
La facture électronique est-elle obligatoire au Maroc en 2026 ?
Non. Au 20 octobre 2026, aucun texte officiel (DGI, SGG, Bulletin officiel) ne la rend obligatoire ni ne fixe de calendrier. Un calendrier échelonné est annoncé par la presse : selon Le360, qui cite Challenge le 3 juin 2026, la première phase vise en 2026 les opérations avec l’État et environ 1 655 entreprises à plus de 200 millions de dirhams de chiffre d’affaires.
Que prévoit la loi de finances 2026 en matière de facturation et de comptabilité ?
Elle modifie l’article 145 du Code général des impôts (Bulletin officiel n° 7465 bis du 16 décembre 2025) : les contribuables tiennent leur comptabilité aussi sous format électronique, et tout contribuable doit détenir une adresse électronique de son choix. Aucune des deux règles ne vise la facture elle-même.
Quand les PME et les petites entreprises seront-elles concernées ?
Selon Le360 (3 juin 2026, d’après Challenge), les PME et les entreprises de taille intermédiaire entre 2027 et 2028, les très petites, petites et moyennes entreprises après 2028. C’est une annonce de presse, sans date légale : le décret d’application serait en examen au Secrétariat général du gouvernement selon Médias24 (16 avril 2026).
Un auto-entrepreneur doit-il émettre des factures électroniques ?
Aucune annonce consultée ne traite son cas. Le guide de la DGI sur le statut (édition 2025) le dispense des obligations comptables et le place hors champ de la TVA. Le statut est détaillé dans notre guide sur l’auto-entrepreneur en e-commerce.
Faut-il acheter un logiciel de facturation électronique dès maintenant ?
Aucun texte publié ne l’impose. La presse annonce des logiciels agréés par la DGI, dont la liste n’est pas publiée dans les sources consultées. Le plus utile aujourd’hui est de mettre au propre les données de la boutique (numérotation, TVA par ligne, identifiants des clients entreprises, export, archivage) et de demander à son éditeur ou à son expert-comptable ses intentions d’agrément.